Zanzibar

Comme d'habitude, au retour des vacances, je vous offre une séance de photos. Mais là, c'est aussi l'occasion d'évoquer un lieu méconnu : les îles Zanzibar. Ainsi que la Tanzanie continentale, une terre prospère, mais au bilan contrasté.


Le salue du port...

La plus grande richesse de Zanzibar, celle qui a permis sa prospérité, c'est... Son port. Car il n'y en a pas tant que ça en Afrique.

Depuis l'émergence des civilisations, le principal mode de transport, ce fut le bateau.

Les premières routes commerciales sont apparue dans la Méditerranée Orientale. Puis elles se sont étendues vers l'ouest, durant l'antiquité. Les Grecques ouvrirent des comptoirs sur le pourtour Méditerranéen. Les Romains en firent leur "Mare Nostrum", intensifiant les échanges, dans tous les sens.
A la chute de Rome, le centre de gravité remonta vers le nord. La navigation fluviale prit son envol. Les villes importantes étaient des villes situées sur un fleuve, voire un estuaire, pour mieux le contrôler. Comme Paris, Londres ou Moscou.
En 1298, Le livre des Merveilles paru. Marco Polo était formel : la soie, la porcelaine ou les épices, très prisés en Europe, sont abondamment disponible en Asie. Elles sont rares et chers à cause des nombreux intermédiaires. La route terrestre qu'il a supposément emprunté était trop dangereuse et elle prenait trop de temps à parcourir. Seule solution : l'océan. La façade Atlantique servit de point de départ. Les conquistadors et colons ne débarquaient pas n'importe où : ils choisissaient des ports en eaux profondes. La question de la maîtrise des océans captiva les puissances impériales pendant plusieurs siècles.

La navigation n'est pas qu'un lubie d'Européens. L'Inde s'est construite autour de l'Indus et du Gange. L'Asie du Sud-Est doit beaucoup au Mékong. Quant à la Chine, elle utilisa sa formidable main d'œuvre pour percer des canaux artificiels.

Aujourd'hui, les relations sont plus apaisées. Néanmoins, même à l'heure de l'avion, du train et du transport routier, la mer reste stratégique. La preuve avec cette vue du détroit de Malacca, porte d'entrée vers l'océan Indien. Chaque point lumineux est un cargo.

En matière d'accès à la mer, l'Europe profite d'un territoire très découpé, avec environ 66 000km de côtes (rien que pour l'UE.) On n'est donc jamais très loin d'une mer ou d'un océan. La ville de Leles, en Slovaquie, est située à 660km de la moindre mer. Un record Européen.

Avec 30 millions de km², le continent Africain est sept fois plus important que l'Europe. Mais il ne possède que 30 500km de côtes. C'est moins que l'Australie. Kampala, en république Centrafricaine, est à 850km de la mer, un record continental. Sachant que de nombreux pays sont complètement isolés.
Les fleuves sont impraticables. L'Egypte fut le seul empire d'envergure internationale. Il profitait du Nil et de son accès à la Méditerranée. Mais les plus gros navires Romains ne pouvait remonter le Nil. Ici, on a le Rufiji, plus important fleuve de Tanzanie. On n'est qu'au début de la saison sèche et pourtant, on pourrait traverser le fleuve à pied (n'étaient les hippopotames et surtout, les crocodiles.) Seules circulent dessus des barcasses, qui passent leur temps à s'échouer sur des bancs de sable.

Et bien sûr, l'Afrique manque de ports en eaux profondes, obligatoires pour accueillir des cargos.

Dar es-Salaam, comme nombre de villes côtières Africaines, a dû bâtir un port off-shore. C'est l'Emirati DP World (NDLA : une entreprise qui me rappelle des souvenirs, côté Renault F1...) qui a réglé la facture.


Un peu d'histoire

Les Sabéens, dans l'actuelle Yemen, avaient conscience de vivre au confluant de plusieurs terres. D'après la bible, ils auraient remonté la mer Rouge. Puis l'émissaire aurait marché jusqu'à Jérusalem. Il fut si impressionné par la ville, qu'il convainquit sa reine de revenir avec lui. Ce fut l'épisode de la reine de Saba et du roi Salomon. Les Ethiopiens rajoutent qu'ils eurent une aventure. La reine accoucha en Ethiopie de Ménélik 1er, lointain ancêtre d'Hailé Sélassié. Les Sabéens auraient poussés plus au sud, le long de la cote Africaine. Il découvrirent ainsi l'île de Zanzibar, premier port en eaux profondes.

Il y a beaucoup d'interrogation sur le royaume de Saba, sa taille et son influence réelle. En tout cas, Zanzibar était connue des navigateurs. Ptolémée mentionna ainsi l'île de Menouthias, au sud de la corne de l'Afrique. Dernier lieu connu avant le supposé "continent austral".


L'intérêt du port de Zanzibar, c'était de servir de hub pour les esclaves capturés sur les continent. Le nom de Zanzibar viendrait du persan زنگبار, zengbar, l'île aux noirs. 
En novembre, le courant pousse les navires vers Zanzibar. Les navigateurs y faisaient le plein d'esclves, capturés sur le continent. En mars, la mousson indienne inversait le courant. C'était l'heure du retour.

Avec l'islamisation du monde arabe, les esclaves avaient un "choix" : se convertir à l'islam ou bien être transformé en eunuque et transporté en Arabie. De nombreux habitants choisirent logiquement l'islam.

Zheng He est né dans un Yunnan à la croisé des empires Arabes et Chinois. Il serait né Zheng Ma (un diminutif de Mahomet, commun chez les Hui) et son père aurait effectué le hadj. Devenu amiral pour l'empereur Yongle, il se serait servi du savoir maritime arabo-perse. Il aurait accosté à Zanzibar. Il n'y cherchait pas des esclaves ; la Chine avait déjà suffisamment de serfs. He était intéressé par les girafes. Avec beaucoup d'imagination, la girafe ressemblait au qilin, l'un des quatre animaux mythiques chinois. D'ailleurs, aujourd'hui, "girafe" se dit "kilin" en coréen et en japonais.

En 1499, sur le chemin du retour, Vasco de Gama établit la première vraie ville à Zanzibar. Une ville en dur, l'actuelle Stone Town. Il s'agissait de contrôler la route entre l'Afrique et l'Inde, en longeant la côte. Les Portugais construisirent plus tard un fortin.

Jusque là, il n'y avait que quelques cahutes de pécheurs. Aujourd'hui, Stone Town est un quartier de Zanzibar City, capitale de l'île de Zanzibar, principale île de l'archipel de Zanzibar !


Au XVIIe siècle, Oman s'offrit des colonies en Afrique de l'est. La traite négrière reparti de plus belle. Aux XIXe siècle, les Britanniques lorgnaient sur Zanzibar. Ils implorèrent les Omanais d'arrêter l'esclavage. Les Britanniques plantèrent des girofles, pour que l'île aient d'autres débouchés économiques. En 1880, Allemands et Britanniques se partagèrent les terres : aux Allemands, le Tanganyika continental et aux Britanniques, Zanzibar. Les sultans d'Oman conservaient néanmoins le contrôle de facto. Bargach Ben Saïd se fit bâtir une "maison des merveilles", équipée de l'électricité et d'un ascenseur. Entièrement payés par l'argent de l'esclavagisme.

En 1893, Bargach mourut et Hamad Ibn Tuwaini devint sultan, sous l'insistance des Britanniques. En 1896, Hamad mourut soudainement. Khalid Ben Saïd, fils de Bargach et cousin de Hamad, prit le pouvoir. Les Britanniques n'en voulaient pas. Khalid refusa un ultimatum. Les navires Britanniques, stationnés face à son palais, ouvrirent le feu. 38 minutes plus tard, Khalid s'enfuit au consulat d'Allemagne. Il passa le reste de sa vie en exil. Zanzibar devint pleinement un protectorat Britannique et l'esclavage fut aboli pour de bon. Malgré tout, les descendants des Omanais continuent de former une élite.

La Tanzanie, le pays du "oui, mais"

Le Traité de Versailles donna le Tanganyika aux Britanniques, qui en firent une colonie.
En 1961, le Tanganyika devint indépendant. L'archipel de Zanzibar dut attendre la fin de 1963. Le sultan Jashid Ben Abdallah, pro-Britannique, prit le pouvoir. Les Zanzibarais craignaient un retour de l'esclavage. John Okello, un jeune militant communiste Ougandais était persuadé d'avoir reçu une mission divine : renverser le sultan. En janvier 1964, Okello parvint à prendre le pouvoir. Le sultan dut s'enfuir après un mois de règne. Les milices proches d'Okello semèrent la mort à Zanzibar, ciblant les Omanais, Britanniques et les immigrés Indiens. Beaucoup s'enfuirent, dont la famille de Farrokh Bulsara, pas encore connu sous le nom de Freddie Mercury. Okello proclama la République Populaire de Zanzibar et il y plaça Abeid Karume, moins radical, à sa tête. Karume profita d'un séjour en Ouganda d'Okello pour le bannir. On dit ensuite que le révolutionnaire aurait fait une blague qu'Amin Dada n'aurait pas supporté et comme d'autres, il disparut.
A Zanzibar, la situation restait exsangue. Karume se rapprocha du Tanganikya. En avril 1964, les deux états fusionnèrent dans la Tanzanie (TANganikya-ZANzibar-ie.) Depuis, Zanzibar possède une large autonomie, avec sa propre président.

Le 16 mars 2021, le président John Magufili décédait en plein exercice. Samia Suluhu, sa vice-présidente, lui succéda. C'est la première présidente de Tanzanie.

Samia Suluhu défraya la chronique, pour ses accusations de népotisme. A peine avait-elle prêté serment, que Mohamed Mchengerwa, son gendre, fut nommé ministre. Wanu Hafidh, sa fille, devint-elle, vice-ministre. Stergomena Tax, un temps ministre de la défense, aurait été sa marieuse. Et une de ses nièces seraient vice-ministre du Travail.

En 2025, la Tanzanie se rendit aux urnes. Chadema, le principal parti d'opposition, fut interdit de se présenter et son leader, emprisonné. Interdiction aussi pour l'Alliance pour le Changement et la Transparence.

Samia Suhulu fut réélue avec le score soviétique de 98%. Deux mois après l'élection, ses nombreuses affiches, aux couleurs passées et parfois déchirées, restent visible dans tout le pays. Lorsqu'on les voit dans la brousse, cela rappelle le "Viva Alcazar" dans le bidonville de Tintin et les Picaros...

Avec 79,9 milliard de PIB en 2024, la Tanzanie reste un moteur de l'Afrique Australe. Un PIB produit surtout par la capitale Dar es-Salaam et par Zanzibar. Le Chama Cha Mapinduzi (CCM) de Samia Suluhu est issu des partis marxistes d'Abeid Karume et de son pendant Tanganyikais, Julius Nyerere l'inamovible président Tanzaniens. Le CCM a même été le porte-voix de Mao en Afrique. Mais il a discrètement effectué un virage à droite.
La Tanzanie est perçue comme un pôle de stabilité. Pas de guerre civile, ni de putsch ou d'affrontements ethniques en six décennies d'histoires. Les détracteurs diront que c'est parce que le CCM embastille systématiquement le moindre agitateur. Les pragmatiques parleront de despotisme éclairé. Les leaders Tanzaniens étant légèrement plus libéraux et moins prédateurs qu'un Félix Houphouët-Boigny ou un Léopold Sédar Senghor.

En tout cas, il y a de quoi attirer des migrants venus de pays voisins (qui possèdent parfois un PIB par habitant supérieur.) Migrants principalement chrétiens. Sans oublier les missionnaires évangélistes, très actifs dans la brousse. Du coup, la Tanzanie est passé de pays musulman à pays multiconfessionnel. Fait rarissime, les chrétiens n'ont pas un statut de dhimmi.

La Tanzanie est une terre de paradoxes. Dar es-Salaam mène une véritable chasse aux gays. Les ONG internationales dédiées au sida ont été bannies. Pourtant, Freddie Mercury est célébré en tant qu'enfant du pays !

Un gang de voleurs (masculins) portait des burqa pour commettre des méfaits incognito. Du coup, la Tanzanie a interdit le voile intégral. A l'aéroport de Zanzibar, on croise des panneaux "no burqa" avant même de voir une pancarte "welcome to Zanzibar" !

En résumé, c'est un pays qui échappe à nos grilles de lectures traditionnelles, entre conservatisme et modernité, autoritarisme et libéralisme, pauvreté et oppulence.

Je trouve que ce Massaï marchant pied nu, avec sa machette, devant un centre commercial flambant neuf, est un bon résumé de ces contradictions.

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