Depuis mon retour de
Zanzibar, plusieurs proche m'ont posé des questions. Est-ce que c'est beau ? Est-ce que ce n'est pas trop fatiguant ? Peut-on y aller avec des enfants ? Alors comme pour
Bali, je vais faire un compte-rendu.
Vacances à la FRAMçaise
Ca a commencé comme ça... En octobre, je suis passé devant une agence de voyages. J'ai regardé les affiches et là, j'ai vu "Zanzibar". De Zanzibar, je savais juste que c'était une île au large de l'Afrique. Accessoirement, le nom sonne comme "bizarre". Je cherchais une destination ensoleillée et exotique. Alors pourquoi pas ?
Le gag, c'est que j'ai fini par partir avec FRAM !
Les années 70, 80 et 90 virent l'apogée des hôtel-clubs. Pour beaucoup de Français, c'était leur unique voyage de l'année.
Le concept était simple : un hôtel de taille moyenne presque entièrement privatisé par un voyagiste français. Que vous partiez avec Nouvelles Frontières, FRAM, Jet Tour/Eldorador ou Lookea. En fait, il s'agissait de faire comme le Club Med, mais en moins cher ! C'était le temps des catalogues sur papier glacé et des agences de voyage de quartier. Certains voyagiste disposaient d'ailleurs de leurs propres agences.
Ils affaitaient des charters vers Djerba, Hammamet, Agadir, la Costa Del Sol, Marmara ou la Riviera Italienne. Tous les samedis, de juin à septembre, un nouveau groupe débarquait. Un autocar venait ensuite chercher les vacanciers. Une armée de GO vous accueillait. Les chambres étaient plutôt spartiates, car de toute façon, on devait être dehors en permanence. Car un hôtel-club, c'était des activités. Du sport, bien sûr, ainsi que des excursions. Mais aussi des animations : jeux des apéros, jeux des cafés et surtout, l'animation du soir avec sketchs, comédie musicale, etc. Sans oublier de véritables centres aérés pour les enfants et les ados. Le chef des GO possédait de larges responsabilités. Non seulement il avait une dizaine d'animateurs français sous sa responsabilité (ainsi que quelques autochtones), mais il assurait le SAV. Une fuite d'eau dans la chambre ? Le petit dernier a vomi trois fois ? Vous voulez finalement réserver une excursion ? Il s'en occupe !
L'avantage, c'est que vous vous ennuyiez peu : il y avait toujours quelque chose à faire. L'inconvénient, c'était que vous ne voyiez pas grand chose du monde hors du village-vacances. Pendant quinze jours, où que vous alliez, vous parliez français et vous mangiez du poulet-frites. Et les excursions vous emmenaient surtout dans des pièges à touristes. Vous étiez en permanence encadré. Au moins, vous n'aviez pas à vous soucier de réserver quoi que ce soit. Car avant internet et les smartphones, partir de son propre chef, à l'étranger, était compliqué - et coûteux -. Mais en même temps, il y avait cette impression permanente d'être dans un troupeau de moutons.
Dans les années 2000, les nuages se sont accumulés.
Le plus évident, c'est internet. 3615 Dégriftour, sur Minitel donc, avait inauguré la mode. Pas de catalogue, ni de pubs, juste des prix tirés vers le bas. Puis il y eu Lastminute, Booking.com, Trivago, etc. Vous pouviez réserver en direct hôtels et vols. Plus besoin d'agences.
En même temps, il y a eu les 35h. Les gens ne voulaient plus poser deux semaines d'un coup (d'ailleurs, certaines entreprises l'interdisaient.) Les plus jeunes préféraient s'offrir des week-ends prolongés. EasyJet et autres Ryanair cassèrent les prix de l'aérien. Tandis qu'après une série de crashs, comme celui d'un avion de Flash Airlines, en 2004, les gens pointèrent du doigt les charters.
Les villages-vacances étaient centrés autour de la Méditerranée. La génération Easy Jet se prenaient des week-ends à Lisbonne, Barcelone ou Milan. Pourquoi y partir deux semaines, ensuite ? Le printemps Arabe marqua la fin de la Tunisie et de l'Egypte, comme destination touristique. Les voyagistes se retrouvaient donc avec une offre inadaptée.
La tendance, c'était le voyage sur-mesure, loin du troupeau. Ou bien le "all inclusive" à Punta Cana : passer la journée bronzer, à s'empiffrer et à picoler. Sans excursions, ni animations.
Certains fondateurs de voyagistes passèrent la main. La tendance était à se rapprocher de grands groupes européens (TUI, Thomas Cook...) Les dirigeants défilèrent, sans réelles nouvelles idées. Les voyagistes sont presque tous passés par le tribunal de commerce, dans les années 2010. Complètement ringardisés, ils ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes.
A Bali, j'avais réservé avec Promosejours, qui sous-traitait à Monagence.com.
A Zanzibar, j'ai voulu passer en direct par Monagence.com. Sauf qu'il sous-traitait à Jet Tours, qui sous-traitait à FRAM. De toute façon, l'hôtel appartenait à Beach Safari, un voyagiste tanzanien ! Et lorsque j'avais des questions, je devais interroger deux ou trois personnes avant de trouver celle qui avait l'information.
A Bali, j'ai eu un unique chauffeur et un unique guide durant tout le séjour.
Là, j'ai été balloté d'un guide à un autre. Pour le safari, un chauffeur m'a pris à l'hôtel. Un guide m'a accompagné durant la traversée en ferry. J'ai été accueilli par une femme, qui m'a remis à manger et à boire. Puis elle m'a mis dans un minibus, avec un nouveau chauffeur. Mais lorsque la route n'était plus asphaltée, un 4x4 est venu me chercher, avec un autre chauffeur et un autre guide !
Les excursions
Pour aller à Zanzibar, il n'y a pas de vol direct. Généralement, il y a une correspondance à Nairobi, au Kenya. La solution la moins chère, c'est de prendre Turkish Airlines, avec escale à Istanbul. Le plus rapide, c'est Air France... Les bons jours, vous avez un vol direct pour Nairobi. Les mauvais, il y a une escale à Amsterdam et ensuite, c'est un vol de Kenya Airlines.
Pensez à venir bien en avance, car les Kenyans ont tendance à ramener beaucoup de choses de France. Avec Stewie Wonder en charge de la taille des bagages cabine. Et au retour, vous avez toujours des touristes qui reviennent avec un masque géant ou un djembé. Donc soute à bagage vite pleines... Et les coffres aussi.
Quoi qu'il en soit, l'aller et le retour seront autant de longues journées. Pensez à prendre une journée de repos, le lendemain.
Zanzibar est situé au sud de l'Europe. L'hiver, il n'y a que deux heures de décalage horaire. Donc pas de jet lag.
Par contre, pour rappel, c'est juste en-dessous de l'Equateur. La végétation luxuriante témoigne du taux d'humidité. L'excursion au parc de Jozani a duré une grosse heure, avec un petit kilomètre de marche dans la jungle... Mais j'ai essoré mon tee-shirt avant de remonter dans le minibus.
Le problème N°1, c'est la chaleur. Entre 14h et 16h, vous êtes instantanément irradié. De toute façon, la plupart des excursions sont sur des thèmes animaliers. Or, l'après-midi, les animaux sauvages dorment.
La fenêtre de tir, c'est le matin. Reste à atteindre le site...
Bali, c'est une île de 153km de long. Zanzibar n'en fait que 80km. Oui, mais à Bali, c'était un voyage itinérant et les haltes étaient choisies de manière à être au plus près du site visité le lendemain matin. A Zanzibar, les hôtels sont centrés autour de Zanzibar City. Impossible donc de faire un circuit. Et nombre d'excursions ont lieu sur d'autres îles de l'archipel. Sachant que les routes sont très moyennes ; les minibus ne dépassent jamais les 60 km/h. Avec la traversée en bateau derrière, vous êtes bon pour un lever à 6h, 7h maximum. Pour voir les dauphins, le minibus partait à 4h de l'hôtel, là, j'ai dit non !

L'air de rien, c'est sportif ! Il y a les chaos du minibus, puis du bateau. Ne comptez pas y piquer un somme ! Ensuite, vous allez marcher sur des petits chemins. Forcément, vous aurez un sac-à-dos, pour y mettre des bouteilles d'eau, de l'antimoustique, un Kway, une batterie externe de portable... Ca pèse son poids ! Sans oublier la nage avec les dauphins et les tortues... Le tout, en plein cagnard.
Donc si vous êtes du genre à prendre la voiture pour faire cent mètres, vous allez souffrir ! Sans oublier le traitement obligatoire contre le paludisme, particulièrement ravageur pour les organismes fatigués.
Au moins, dans le village, le soir, c'est calme. Entre ceux qui ont passé la journée en excursion et qui sont complètement moulus. Puis ceux qui se couchent tôt, parce que demain, à 6h, ils doivent être sur le pont... Après 21h, les allées sont désertes. Au lodge du safari, c'était extinction des feux à 20h !
Dans ce contexte, je comprends que certains disent : "Je suis ici pour me reposer ! Tant pis pour les animaux sauvages, je préfère enchainer les mojitos, faire de la piscine, puis je ramènerai des trucs de la boutique souvenirs de l'hôtel pour les collègues !"
Safari
Le but, ce n'est pas de vous dégouter, mais de rappeler des évidences. Du moins, des choses qui me semblaient évidentes, mais auxquelles toutes les personnes avec qui j'ai parlé n'y avaient pas pensé...
Le safari, c'est incontournable en Tanzanie (et au Kenya.) Après, ce n'est ni Thoiry, ni Disney. Il n'y a pas d'enclos dédiés, ni d'impresario qui dirait : "Les girafes, vous sortez à 10h. Puis c'est les singes, les zèbres, les éléphants et on finit par les lions !"
Donc, vous roulez, vous roulez, vous roulez... Parfois, les animaux sont massés sur un point et parfois, il n'y a rien. Les différents guides sont reliés par radio. Dès que quelqu'un voit un troupeau, il prévient les autres. C'est aussi l'explication de ces vidéos ont un animal s'énerve et personne ne bouge. Si personne ne bouge, c'est parce qu'ils sont sur une étroite piste de brousse et qu'il faut attendre que cinq ou six 4x4 aient reculé pour reculer, soit !
Des heures à tourner dans la savane, en plein cagnard. Tout ça pour ça : des animaux qui restent planqués derrière la végétation ou qui s'enfuient au moindre bruit. Incroyable ! Les animaux sauvages sont... Sauvages. Qui l'eu cru ?
Il va falloir faire preuve de patience et de discrétion. Ce n'est pas le moment de sortir l'enceinte bluetooth ! C'est l'affut, cet art sur lequel Sylvain Tesson a consacré au moins vingt romans.
J'exagère un peu. Tous les animaux ne fuient pas à votre approche. Comme par exemple, le buffle. Il sait qu'il ne craint rien et qu'il a de quoi envoyer valser les curieux...
Parmi les herbivores, vous avez des animaux qui préfèrent l'herbe, d'autres les feuilles, voire les branchages. L'éléphant, lui, mange de tout et en grande quantité. Du coup, il doit beaucoup marcher. Les éléphants marchent quasiment en ligne droite, dégageant tout ce qu'il y a sur son passage. Même le 4x4 évite d'être sur sa trajectoire.
On a ici une mère et ses deux éléphanteaux. Le plus jeune est épuisé, à force de marcher. S'il ne meurt pas de fatigue, sa mère l'abandonnera, car elle le ralenti. Et oui, la nature, ce n'est pas du Disney...
En apparence, l'hippopotame est un gentil gros, qui aime les bains de boue. En fait, son embonpoint, c'est du muscle ! Ce cousin des baleines pèse 1,5 tonnes et lorsqu'on s'approche trop près, il peut vous charger à 30 km/h. Autant qu'un sanglier, mais avec 15 fois plus de masse...
Les places arrières des 4x4 sont surélevées. Certes, c'est pour prendre de meilleures photos, mais c'est surtout pour protéger les touristes d'éventuels animaux énervés...
La girafe, c'est la commère du quartier ! Elle voit que quelque chose se passe, alors il faut qu'elle en est le cœur net ! Et de temps en temps, elle fait semblant de regarder ailleurs.
A la fin du XVIIIe siècle Jean-Baptiste Lamarck fut l'un des premiers à suggérer que le cou des girafe s'était allongé pour manger des acacias toujours plus hauts. Un demi-siècle plus tard, Charles Darwin dit que les girafes avaient des cous de tailles différentes et que seules celles à long cou ont survécu.
La cigogne, fameux emblème de l'Alsace... J'ai toujours entendu dire qu'elles passaient l'hiver en Afrique. J'avais toujours vu cela comme une destination abstraite, car lointaine. Quelle surprise donc, de voir que ces antipodes, c'est ici !
Les herbivores se promènent dans les prairies et clairières, car c'est là que se trouve leur nourriture. Les carnivores, eux, restent à couvert. On profite donc d'autant plus de cette lionne.
En France, on peut se promener dans la nature sans problème. Il faudrait vraiment être malchanceux pour tomber sur un ours ou un loup ! D'ailleurs, il prendrait sans doute ses jambes à son cou en vous voyant... Dans la savane, l'équation est différente : vous êtes une proie potentielle. Ce n'est pas parce que vous ne les voyez pas que les prédateurs sont absents...
Sur cette photo, on voit bien un crocodile du Nil. Mais en regardant mes photos a posteriori, j'ai repéré un second crocodile... Sachant qu'ils se tiennent tous les deux sur un banc de sable, au milieu des branchages séchés. Même l'œil humain, capable de distinguer les couleurs, n'y voit presque que du feu...
Donc, pendant le safari, impossible de faire une pause pipi impromptue. Sauf à vouloir servir de déjeuner.
Lodge
Un point auquel il faut vous préparer, c'est le lodge.
Côté confort, rien à redire. Je disposais d'une case individuelle, spacieuse, avec un climatiseur. C'est d'ailleurs assez curieux, en décembre, de régler le climatiseur à 22°. De toute façon, on l'a dit plus haut, après toute une journée ballotté en plein cagnard, vous n'avez guère de problèmes pour trouver le sommeil...
Le problème c'est que vous n'êtes pas seul !
La partie émergée de l'iceberg, ce sont les hiboux et les lézards. Les premiers s'installent dans les arbres du lodge. Les seconds profitent des interstices entre les murs de la cause et le toit de chaume.
Mais s'ils vous rendent visite, ce n'est pas par courtoisie : ils viennent diner.
Le hibou chasse le cricétome des savanes, alias rat de Gambie. Lorsque vous entendez du bruit dans un buisson, c'est sûrement lui. Le rat de Gambie se traine et il a tendance à se figer, lorsqu'il est apeuré. Pour la chouette, qui l'a repairé depuis son perchoir, c'est presque trop facile de le cueillir...
Les lézards, eux, s'intéressent aux insectes. Car la savane africaine est pleine de créatures qui rampent ou qui volent. Le lodge organisait une fumigation quotidienne des chambres. Vous allez trouver de nombreux cadavres au sol. Mais malgré tout, la nuit, vous vous ferez piquer. Je suis reparti du safari avec des mains constellées de piqures et d'eczéma. Surtout, il faut vous dire que pendant la nuit, ça va défiler sur les draps !
Avis aux maniaques de l'hygiène...
Après trois jours de safari, tout le monde devient zoologue amateurs !
On prend aussi du recul sur notre petite vie et nos petits tracas du quotidien.
Car la réalité de la brousse, c'est souvent la case en terre cuite, avec son toit en feuilles de palmiers (remplaçable par des cartons ou des sacs plastiques.) Le tout à boire l'eau boueuse du fleuve rufiji...
Et presque toutes ces cases possèdent une parabole d'Azam TV, le Netflix tanzanien. Pas d'eau courante, mais ils ont vu la dernière saison de Stranger Things !
Après le safari, on nous a proposé de visiter le village du coin. Je pensais qu'on allait marcher, mais on a pris le 4x4 du safari et on a tourné dans le village. Exactement comme on venait de le faire dans le parc naturel. J'ai trouvé cela extrêmement raciste, mais les Tanzaniens n'avaient pas l'air de s'en formaliser.
Les Tanzaniens ont l'air d'apprécier les touristes. Les retombées économiques des lodges sont perceptibles. Ils ont créé des emplois de guides, de femmes de ménage et de serveurs. Dans le fameux village, les maisons en briques remplacent les cases. Presque tous les enfants vont à l'école. Ecole qui est d'ailleurs en plein ravalement.
Le prochain projet de Beach Safari, c'est un genre d'écomusée. Un moyen de retenir les touristes un jour de plus, donc de faire grimper le nombre de nuités.
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