Boboland en vacances


Apparemment, quelqu'un a méticuleusement séparé les roses d'un bouquet pour les aligner le long d'une plage près de Dublin. Un vrai moment Instagram, que ces roses sur le sable noir, aspergées et bientôt emportées par la marée montante.
 
Dans les affaires de ma grand-mère, il y avait pas mal de bibelots ramassés lors de voyage. C'était le temps des débuts du tourisme de masse. S'entasser dans un autocar, voyager jusqu'à un château ou une église, manger dans une salle collective, puis repartir. Sans oublier les 5 minutes de battements pour aller à la boutique souvenir. Avantage : vous ne vous occupez de rien ! Même au bout du monde, vous serez encadré en permanence par des Français et il y aura un steak-frites dans votre assiette ! Inconvénient : pour l'authenticité, il faudra repasser !
Avec mon père, quand j'étais petit, c'était plutôt l'autotour. On a fait l'Egypte, l'Italie, la Grèce, les Etats-Unis... Avantage : aujourd'hui, quand je regarde les articles du genre "100 lieux à visiter", j'en ai vu les deux tiers. Inconvénient : le moindre monument est une véritable enclave touristique, avec son resto à menu quadrilingues (sauf dans les pays anglophones) et son steak-frites à 30¤.
Il existe aussi le touriste sac-à-dos. Ca a longtemps été l'apanage des étudiants... Le tour d'Europe en train ou en auto-stop, les auberges de jeunesse ou le camping. Peu de moyens et peu d'affaires. Mais au moins, vous vivez ! Et les galères font parties de l'aventure...
 
Aujourd'hui, un quatrième genre de touriste est là : le bobo. Il veut sortir des sentiers battus. Il veut de l'inédit, de l'authentique. Il ne veut plus faire la queue pour voir un monument ; il veut "vivre des expériences". Aux chambre d'hôtels, il préfère les collocations. Il veut vivre au plus près de la réalité. Mais avec des transports en commun ou des Velib. Et des menus vegans. Et du wifi gratuit. Et dans des lieux ayant signés une charte gay-friendly et pratiquant le commerce-équitable. Terminé, les séjours de trois semaines en août. Place aux week-end réservés à la dernière minute sur internet. Dans les années 90, les jeunes Anglais trouvaient que les pubs étaient trop chers et leurs abords, trop fliqués. Pour le prix de quelques pintes, ils s'envolaient en République Tchèque ou en Espagne, s'y saouler à pas cher et sans crainte de finir au poste. Cette mode du voyage express s'est embourgeoisée et répandue dans l'Europe. On est passé du hooligan au bobo. Il est plein de contradictions. A l'étranger, il exalte les cultures restées intactes, alors qu'à Paris, c'est le chantre du multiculturalisme. Il n'a que les mots "développement durable" et autres "tourisme responsable" à la bouche, alors qu'il prend l'avion une fois par mois. Enfin, il parle avec enthousiasme de ses voyages, alors qu'il a l'½il rivé en permanence sur son smartphone. Le souci, c'est que les destinations, les hôtels et les restaurants qui ressortent sur les moteurs de recherche sont souvent les plus fréquentés. Vous faites deux heures d'avions et Tripadvisor vous amène à un quartier digne de la rue Oberkampf, avec la faune de la rue Oberkampf (et les prix de la rue Oberkampf.) Par bien des égards, je suis un bobo (d'ailleurs, je me suis laissé pousser la barbe.) Mais ça me gonfle de faire deux heures d'avions pour me retrouver toujours dans le même genre d'endroits...

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